La tughra ottomane est l’un des emblèmes les plus reconnaissables de l’histoire de la calligraphie. Elle servait de monogramme et de signature au sultan, authentifiant les décrets impériaux et marquant les objets de l’État, et elle allie fonction juridique et remarquable ambition artistique.
Origines et fonction
L’usage de la tughra est antérieur aux Ottomans et plonge ses racines dans des pratiques turques et seldjoukides plus anciennes. Les plus anciens exemples ottomans connus datent du XIVe siècle, à l’époque d’Orhan Gazi.
Placée en tête d’un document, comme un ferman (décret impérial) ou un berat (brevet de nomination), la tughra confirmait qu’il était émis au nom du sultan. La responsabilité de la tughra incombait au chef de la chancellerie appelé nişancı. Pour en savoir plus, voir notre présentation de l’art ottoman.
Ce que dit la tughra
Chaque tughra contient le nom du sultan régnant et celui de son père, généralement suivis du titre han et de la formule el-muzaffer daima, qui signifie « toujours victorieux ». Les mots sont entrelacés si étroitement que le texte peut être difficile à lire sans pratique.
Le contenu changeant à chaque règne, la tughra est un outil précieux pour dater documents et objets.
L’anatomie d’une tughra
Avec le temps, la tughra adopta une structure type aux parties nommées :
- Kürsi : la base, où se rassemble le texte principal des noms et titres.
- Tuğ : les trois hampes verticales élancées qui s’élèvent de la base.
- Zülfe : les traits fluides, en forme de fanion, qui croisent les hampes verticales.
- Beyze : les deux grandes boucles emboîtées qui s’étendent vers la gauche.
- Kol (ou hançer) : les longs traits qui partent des boucles vers la droite.
Ces éléments créent une composition équilibrée où la base dense contraste avec les verticales élancées et les courbes amples.
Calligraphie et enluminure
Sur les documents les plus prestigieux, les tughras étaient écrites à l’or ou en bleu et or, et entourées d’enluminure. Les espaces à l’intérieur des boucles étaient emplis de délicats rinceaux floraux, de motifs rumi et hatayi et de bandes de nuages.
Les tughras enluminées du XVIe siècle, l’époque de Soliman Ier, comptent parmi les plus célèbres, unissant les arts du hat et du tezhip dans un même dessin. Consultez notre rubrique calligraphie et notre histoire de l’enluminure pour des œuvres apparentées.
Au-delà du document
La tughra figurait aussi sur les monnaies, les façades d’édifices publics et les fontaines, et plus tard sur les timbres et les sceaux officiels. Dans ces contextes, elle jouait un rôle proche de celui d’armoiries, signalant l’autorité souveraine.
Au XIXe siècle, des calligraphes comme Mustafa Rakım se distinguèrent en affinant les proportions de la tughra jusqu’à sa forme classique tardive.
Regarder une tughra
En examinant une tughra, observez l’équilibre entre ses parties, l’assurance des traits et, le cas échéant, la qualité de l’enluminure. Identifier le sultan nommé dans le kürsi est la première étape pour en comprendre la date et le contexte.
Pour les documents, le texte environnant, le type de décret et les éventuels sceaux ou annotations aident aussi à situer la tughra dans le fonctionnement de la chancellerie ottomane.
En cinq siècles, la tughra passa ainsi d’une marque de chancellerie à une forme d’art célébrée, et elle demeure un symbole puissant de l’État ottoman.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une tughra ottomane ?
Une tughra est le monogramme calligraphique d’un sultan ottoman, qui réunit son nom, celui de son père et des formules honorifiques en un emblème unique authentifiant les documents officiels.
Qui traçait la tughra sur les documents ?
La tughra était apposée sur les documents impériaux par la chancellerie, sous l’autorité du dignitaire appelé nişancı, puis, à des périodes plus tardives, par des calligraphes spécialisés dans la tughra.
Où d’autre la tughra apparaît-elle ?
Outre les décrets et les chartes, les tughras figurent sur des monnaies, des édifices, des fontaines, des sceaux, des timbres et d’autres objets associés à l’État.
